Liberté, Egalité, Mixité... conjugales.
Une Sociologie du couple mixte.
un livre de Claudine Philippe, Gabrielle Varro & Gérard Neyrand (dirs.).
1998. Paris, Anthropos (collection "Exploration interculturelle et science sociale").
Les couples mixtes sont au coeur de l'actualité, à la fois fois pour le meilleur et pour le pire : d'un côté, symboles d'une future Europe unie, de l'autre soupçonnés de détourner la loi. Cet ouvrage est une des premières synthèses sur la question de la mixité conjugale, résultant d'une réflexion interdisciplinaire par des chercheurs, universitaires et praticiens, menée le 16 octobre 1995 lors d'une journée-débat organisée à l'EHESS.
La liberté d'épouser qui on veut – droit fondamental garanti par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme (Art. 8-12-14) – traverse ce livre. Mais a-t-on vraiment la liberté d'exercer ce droit ? Et dans une société qui pose l'égalité de tous les individus, que signifie le fait que certains mariages et pas d'autres soient perçus comme "mixtes" (Schnapper) ?
Dans leurs réflexions préliminaires, Philippe et Varro analysent la notion de mixité conjugale qui, à la fois banale et marginalisée, révèle l'état de notre société, peut-être même les limites de la démocratie, en montrant que celle-ci a besoin de la paix sociale pour s'exercer.
Le regard sociologique interroge la réalité multiple, à la charnière du public et du privé (Commaille). Les couples mixtes – qu'ils le soient juridiquement ou socialement – permettent en fait de comprendre les dynamiques de n'importe quelle paire d'êtres humains, toujours singuliers (Combes), qui doivent ajuster leurs comportements et leurs idées pour vivre ensemble.
Comment fonctionnent nos normes sociales, prises entre tradition et modernité (Achard) ? Quelles sont les stratégies matrimoniales des générations issues des immigrations (Hammouche) ? Qu'il s'agisse des statistiques (Thave) ou des conditions juridiques (Fulchiron), de la terminologie employée (Varro) ou des représentations véhiculées par la presse (Philippe), des pratiques des langues dans les familles (Deprez et Dreyfus), de l'intégration des étrangers par le mariage (Collet), de la remise en cause d'idées reçues – par exemple, sur l'acquisition de la nationalité française suite au mariage (M'Sili) ou sur le divorce (Neyrand) – ou de la comparaison avec des couples "non mixtes", y compris des couples homosexuels (Adam), les approches quantitatives et qualitatives se font écho.
Avec table des matières détaillée et bibliographie.
Liberté, Egalité, Mixité... conjugales. Une Sociologie du couple mixte. Claudine PHILIPPE, Gabrielle VARRO & Gérard NEYRAND (dirs.). 1998. Paris, Anthropos (collection "Exploration interculturelle et science sociale").
Avec la contribution de Claudine Philippe, couples mixtes dans la presse française, pour la première fois une présentation systématique du regard de la presse sur les couples mixtes est proposée à la réflexion.
A partir d'un dépouillement d'articles issus aussi bien de la presse nationale (Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix, Le Parisien, L'Humanité), que de la presse régionale (Ouest-France, Nord-Eclair, Sud-Ouest), que des magazines dits d'actualité (Paris-Match, le Nouvel-Observateur, et VSD), des magazines People (comme Gala et Voici) et enfin les magazines dits féminins (le Figaro-Madame Marie-Claire, Elle, Biba, Clara-Magazine). 450 articles ont été regroupés et analysés sur une période allant de 1980 à 1996.
Tous ces écrits contribuent à proposer une vision antithétique en apparence, et en réalité complémentaire, en faisant de ces couples soit des Champions, soit des Victimes de l'amour différent.
Cette partition correspond à un partage du monde entre ceux qui vivent au niveau planétaire, à qui l'amour différent est permis et profitable, par delà toutes les barrières de pays, de classe sociale, de race, et les autres. Les autres : les gens ordinaires à qui l'on oppose les tracasseries administratives et à qui ces amours n'apportent que désagréments : violences, procès, déchirements, enlèvements, sinon meurtres de l'un des protagonistes.
Au delà d'une mise à plat du contenu des articles, cette contribution propose une explication du fonctionnement rhétorique, en particulier de la focalisation sur le mariage blanc. Plus que le détournement du sens du mariage, ce qui est pointé ici c'est le soupçon sur l'authenticité des sentiments. Le défaut de sentiment équivaut en définitive à un défaut d'humanité. L'étranger profitant ainsi de son partenaire, lui sincère voire naïf, est disqualifié dans ses caractéristiques non seulement sociales, son défaut d'intégration mais au delà dans ses caractéristiques intimes, sa capacité d'authenticité.
Le discours sur l'autre est en premier lieu un discours sur l'identité de soi. Rajoutons que l'autre tel qu'il apparaît dans cette presse, c'est du fait de la langue utilisée, la femme à qui la liberté de choix amoureux est souvent déniée, sinon dans la réalité où elle la prend mais dans les articles, où l'homme seul existe comme un être libre. L'analyse montre que le discours adopte le point de vue des hommes.