Un monde de différences
par Dominique Foufelle
La pauvreté et les violences ont une incidence directe sur la santé des femmes : cest ce que démontre on ne peut plus clairement le rapport de Population Action International (PAI), « Un monde de différences : la santé et les risques dans la vie sexuelle et reproductive ».
Lenquête de PAI, réalisée en collaboration avec diverses organisations occidentales, portait sur 42 pays industrialisés et 91 pays en voie de développement. Dans ces derniers, pas loin dune femme sur deux accouche sans assistance médicale, une femme sur 65 meurt de causes liées à la santé reproductive, et elles sont 150 millions à déclarer souhaiter prévenir ou différer une prochaine grossesse
si seulement elles pouvaient avoir accès aux contraceptifs ! Aux deux bouts de léchelle des différences : lItalie et lEthiopie. Dans un cas, la quasi totalité des femmes reçoit une assistance médicale lors de son accouchement, et 1 sur 6 000 meurt en couches. Dans lautre, 10% des femmes sont assistées, et 1 sur 7 meurt des complications liées à la grossesse.
Jeunes Américaines victimes du puritanisme
Cest en Afrique sub-saharienne que la santé des femmes est la plus menacée. Mais les performances économiques de leur pays ne leur garantissent pas une précaution satisfaisante. Les Etats-Unis, sils se classent certes dans la catégorie des pays à plus bas risques, narrivent quà la 15e place, juste après la République tchèque et peu avant la Lituanie. Raison de ce rang médiocre : le taux de grossesses précoces, le plus élevé de tous les pays industrialisés. Le rapport PAI accuse la carence dinformations sur la santé reproductive à destination des adolescentes.
En dautres termes : dinformation sexuelle. Lignorance dans laquelle elles sont maintenues ruine la vie de ces gamines, souvent contraintes dabandonner lécole. La politique sociale que mettent en place Bush et son administration, qui fait la part belle à la droite religieuse, ne leur promet pas des jours meilleurs ! Quant à la répression qui sabat sur le droit à lavortement, elle peut laisser craindre un accroissement des avortements clandestins, avec les risques sanitaires que cela comporte.
MST et stérilité
En annexe des données chiffrées et de leur synthèse, le rapport comporte des études thématiques, traitant des différents risques encourus par les femmes, de leurs causes et des mesures à prendre pour y remédier. Grossesses précoces ou non désirées, pathologies et complications liées à la grossesse ou aux avortements pratiqués dans des conditions insalubres, mortalité maternelle, contamination par des MST, arrivent en tête des maux découlant directement du manque dinformation et de soins, souvent doublé dinterdits et de la négation du droit à disposer de son corps.
Mais si la majorité des femmes du monde estiment quelles ont trop denfants, certaines ne peuvent plus en concevoir. Le rapport estime le nombre de couples confrontés à cette difficulté en Afrique sub-saharienne à 1 sur 3. Plus de 50% des cas dinfertilité dans le monde sont dus à des avortements pratiqués dans des conditions insalubres, des complications lors de laccouchement ou des MST. Toutes causes facilement évitables, pour peu quon le souhaite. Il suffirait, rappelle le rapport, dinformer sur lexistence des MST et les protections contre elles, de traiter les personnes déjà atteintes dinfections avec des antibiotiques, de procurer aux femmes qui souhaitent avorter des conditions décentes pour le faire. Et aussi, de mettre un terme aux mutilations génitales, qui génèrent de multiples maux, dont la stérilité.
Il est évident que le coût des traitements contre linfertilité les rend inaccessibles aux populations des pays pauvres. Etre confronté à la misère ne supprime pourtant pas le désir denfant. Et dans certaines sociétés, être « stérile » suffit à vous faire exclure, dautant plus quen labsence dexamens médicaux, la « faute » retombe immanquablement sur lépouse.
Les violences directement mises en cause
Dans son chapitre sur les violences faites aux femmes, le rapport énumère les maux quelles provoquent : outre les grossesses non désirées et les complications qui en découlent, les MST (dont le HIV) transmises lors de viols conjugaux ou non, il cite des problèmes psychologiques et/ou sexuels persistants, la toxicomanie, la dépression, le suicide. Les enfants des victimes souffrent plus souvent dathrepsie (maigreur extrême du nourrisson), de malnutrition et de troubles comportementaux, et leur taux de mortalité est plus élevé. Selon la Banque Mondiale, les violences causeraient plus de dégâts sur les femmes de 15 à 44 ans que le sida, la tuberculose, les maladies cardiaques et le cancer réunis ! Là encore, on préconise une mobilisation des services sociaux, des lois contre les violences faites aux femmes et aux enfants, et plus généralement, de mesures favorisant laccès des femmes à lindépendance économique et aux responsabilités politiques.
Des engagements non respectés
Pour conclure, le PAI rappelle la communauté internationale au respect de ses engagements. En 1994, des représentants de 179 Etats sétaient réunis au Caire lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (ICPD), et avaient fixé un Programme daction prévoyant une dépense annuelle de 17 milliards de dollars en faveur de la santé sexuelle et reproductive dès 2000, la somme devant monter à 21,7 milliards dès 2015. Six ans plus tard, les Etats-Unis acquittent moins de la moitié de leur part !
Il serait temps de réagir, souligne les rapporteurs, quelque 3 milliards de jeunes (à peu près la moitié de la population mondiale), étant entrés ou sapprêtant à entrer dans leur vie sexuelle active.
Pour consulter lintégralité du rapport (en langue anglaise) :
www.populationaction.org/worldofdifference
Pour en demander une copie :
pubinq@popact.org