Un laboratoire de la solidarité
par Joëlle Palmiéri

Au Québec, le Chantier de l'économie sociale, vieux de deux ans, a pour objet de valoriser le secteur de l’économie sociale. A fort taux de création d’emplois et évidemment à forte plus value sociale, ce secteur s’impose comme un des acteurs majeurs du panorama économique fédéral. Aussi, avec la campagne “ Osons la solidarité ”, les acteurs de cette économie solidaire ont voulu cimenter leurs acquis.

Au Québec, le secteur des entreprises d'économie sociale représente 4 764 entreprises (2 303 coopératives ou coops et 2 461 organismes à but non lucratif ou obnl), 49 450 emplois (17 342 dans les coops et 32 108 dans les obnl), 4,2 milliards $ de chiffres d'affaires (2,9 milliards $ pour les coops et 1,3 milliard $ pour les obnl). La contribution de ces entreprises au PIB du Québec se compare avantageusement à celle d'autres secteurs importants d'activité économique comme les industries minières, 1,2 milliard $, les communications, 6,6 milliards $ ou la construction, 8,2 milliards $.
Fort de ce constat, le Chantier de l'économie sociale s’est créé pour répondre aux besoins de ce secteur en pleine croissance. Composé des mouvements communautaire (milieu associatif québécois), coopératif, de groupes femmes, du développement local et des milieux de la culture et de l'environnement, il vise à aider la création d'emplois, à promouvoir l'économie sociale, à représenter le secteur auprès des instances nationales, à réseauter, à collaborer avec les ministères et organismes de tutelle afin d’élaborer des stratégies de développement ainsi que des indicateurs de résultats différents de ceux imposés par l’économie libérale, à rechercher la collaboration technique et financière du secteur privé.

Une pépinière d’activités
Les organismes communautaires et les groupes de femmes sont souvent des lieux privilégiés d’où émergent les projets d’entreprises d’économie sociale. Ces organismes peuvent ainsi constituer de véritables incubateurs tant pour garantir l’enracinement des projets dans leur milieu que pour assurer la transmission des savoir-faire. Ainsi, de nombreux projets de ressourceries (recyclage des déchets) ou d’entreprises d’aide à domicile se sont développés.
Les femmes, très présentes dans le secteur, répondent depuis longtemps, à des besoins auxquels l’État ne répond plus: garderie, maison d’hébergement pour femmes violentées, soutien en périnatalité, support aux familles monoparentales, centres de femmes, etc. Quelle que soit la situation à laquelle elles sont confrontées, elles entreprennent, rassemblent et mobilisent les ressources nécessaires. Au fond, elles créent de la plus-value sociale.
Aussi, dans l’ensemble du secteur de l’action communautaire et des entreprises d’économie sociale, les femmes occupent 76% des emplois et 63 % des postes de direction. Pour les sous-secteurs de l’entrepreneuriat collectif, les statistiques sont comparables; dans certains cas, elles sont encore plus élevées. Dans l’aide domestique, les emplois sont occupés par des femmes dans une proportion de 90 %; les postes de direction sont d’ailleurs comblés à 70 % par des femmes. Dans les centres de ressources périnatales, les femmes occupent près de 98 % des emplois et 100 % des postes de direction. Dans les centres de la petite enfance, 96 % des emplois sont occupés par des femmes et 87 % des postes de direction sont assumés par des femmes.

Les femmes, moteurs de débat
C’est à partir de ce constat que le Chantier de l’économie sociale a reconnu qu’elles avaient largement contribué à relancer le débat sur l’économie sociale. En particulier, en 1995, lors de la Marche des femmes “ Du pain et des roses ”, puis en 1996 dans le rapport “ Entre l’espoir et le doute ”, produit par le Comité d’orientation et de concertation sur l’économie sociale, créé suite à la Marche, elles ont lancé une nouvelle dynamique de conscientisation. La Marche mondiale des femmes en 2000 n’est que le résultat de ce long chemin dont on occulte trop les principales victoires : la lutte contre la pauvreté et les violences passe souvent par la création d’emplois et dépasse largement le cadre de la victimisation.

Chantier de l'économie sociale:
1, Complexe Desjardins, Case postale 7, succursale Desjardins, Montréal (Québec) H5B 1B2 - Téléphone : (514) 281-2320