![]() penelopes@penelopes.org III 29 juin 2001 |
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| Nouvelles de Dharamsala Entretien avec Danielle Laeng, responsable de la Caisse dAide aux Prisonniers Tibétains de Dharamsala Propos recueillis par Laure Poinsot Qu'est-ce qui vous a conduite jusqu'en Inde, à Dharamsala, le siège du Gouvernement Tibétain en exil ? J'ai travaillé pendant 7 ans dans une association humanitaire en faveur des Tibétains, en France. Je me suis ainsi aperçu qu'il est difficile d'avoir une opinion juste sur les besoins de ceux qu'on aide lorsqu'on vit loin de ces personnes qui sont de culture très différente, et qu'on ne les voit que brièvement quelques jours par an. C'est naturel... J'ai donc pensé qu'en vivant parmi les Tibétains en exil, je serais à même de me rendre plus utile en fournissant des informations plus objectives à ceux qui en Occident, souhaitent porter secours (soit sur plan humanitaire soit sur un plan politique) au peuple tibétain. Ceci en effet, devrait optimiser les actions entreprises en France ou ailleurs. J'ai débuté ce travail personnel à Dharamsala en 1995. Quel est votre travail auprès des Tibétains ? Je gère avec la Caisse d'Aide aux Prisonniers Tibétains (CAPT), un programme de soutien financier et moral pour les anciens prisonniers politiques tibétains. Actuellement, nous en suivons 56. Je suis par ailleurs un lien de communication entre le CSPT et la diaspora tibétaine ainsi que la correspondante Tibet Info à Dharamsala. Ceci me permet de décrire le peuple tibétain, ses besoins essentiels, ses sentiments, ses luttes, ses événements, avec des mots qui sauront davantage éveiller l'intérêt des lecteurs que ne le ferait un rapport trop froid ou un article traditionnel. Tout simplement parce que je suis française et que je m'adresse à des gens qui sont de même culture que moi. J'occupe un poste dans l'administration du monastère de Tsechokling à Dharamsala, dont mon époux est le co-fondateur et le directeur. Il m'incombe de gérer nos relations avec les donateurs occidentaux tant pour les dons réguliers qu'exceptionnels et plus conséquents. Tsechokling a ses uvres de charité et soutient environ 150 Tibétains (enfants et personnes âgées) ; je m'occupe aussi de ça. Il m'arrive de temps à autre de travailler pour des journalistes en tant que consultante. Et puis, il y a un livre écrit en duo avec Philippe Broussard du Monde sur Ngawang Sangdrol, qui va sortir le 4 septembre prochain. Vous recevez les nouveaux réfugiés tibétains. Quelles nouvelles vous apportent-ils de la situation actuelle ? Sont-ce les seules informations fiables que l'on peut avoir du Tibet ? Il est important de ne pas généraliser les nouvelles en provenance du Tibet quelles que soient leurs sources. En effet, la situation est différente en Amdo, au Kham, au Tibet Central et aussi selon les périodes. Les informations que nous recevons sont donc parfois peu cohérentes entre elles si on ne prend pas ces deux facteurs en considération. Par ailleurs, il s'agit de ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu'un nouveau réfugié raconte... mais bien au contraire d'interroger d'autres témoins afin de vérifier les informations autant qu'il est possible de le faire. Il y a depuis plusieurs années une répression accrue au Tibet Central (RAT) de la part des autorités chinoises, ce qui génère de la peur, voire de la terreur parmi la population. On n'ose donc plus trop manifester... pour le moment. Certains disent que ce n'est que partie remise, affirmant que des activités indépendantistes sont toujours en cours mais de façon plus discrète, notamment dans l'amélioration des liens de communication entre le Tibet et la diaspora en Inde et au Népal. D'après de nombreux témoignages, les activités ouvertement en faveur de l'indépendance du Tibet en Amdo se multiplient considérablement. En général, lexpression qui revient toujours est : « oppression de plus en plus injuste et difficilement supportable », surtout en ce qui concerne les activités religieuses, même dérisoires. On parle d'avortements et de stérilisations forcés. Que vous disent les réfugiés de la situation des femmes au Tibet, en ce qui concerne leur santé et leur vie de tous les jours? Je n'ai que peu d'informations directes à ce sujet, car 95% des Tibétaines que je côtoie (des anciennes prisonnières politiques) sont des nonnes. Toujours est-il que les frais médicaux au Tibet sont exorbitants pour les tibétains qui doivent payer une forte caution avant d'être admis dans un hôpital ou un dispensaire pour y recevoir des soins. Tant pis pour les pauvres qui ne disposent pas de ces fonds... D'après mes informations, il est toujours interdit à une Tibétaine de donner naissance à plus de deux enfants, mais la plupart d'entre elles contreviennent à cette loi, quitte à devoir payer des fortes amendes pour chaque nouvelle naissance non permise par les autorités chinoises. Les Tibétains, et notamment les femmes, sont assez obstinés, ce qui est une qualité très utile à leur lutte qui dure depuis plusieurs décennies. L'avortement, la stérilisation et tout moyen de contraception sont très peu admis et donc très peu pratiqués volontairement parmi les Tibétains, qui pensent que même la contraception est contraire à leurs croyances bouddhistes car celle-ci nuirait à la vie humaine. Toutefois, en exil, de plus en plus de femmes optent pour le contrôle des naissances afin d'améliorer leurs conditions de vie avec des familles de taille réduite. Les tibétaines en exil sont très actives. En quoi consiste leur engagement politique et social ? Comment expliquez-vous un tel engagement ? Ce que j'ai constaté, c'est que les femmes tibétaines ont les mêmes activités politiques et autres que les hommes, et c'est peut-être parce qu'il n'y a pas de différence sociale entre les deux sexes que les Occidentaux en concluent que les Tibétaines sont très fortes ! Exemple : Il y a beaucoup plus de femmes au sein du parlement tibétain qu'il n'y en a au parlement français. Vous recevez également des nonnes qui se réfugient en Inde. Que vous disent-elles de leur lutte au Tibet et de la discrimination et de la violence dont elles sont victimes ? Ce qu'elles me disent est quasiment identique à ce que les moines me rapportent. Nonnes et moines veulent réaliser leur but spirituel, cest-à-dire étudier et comprendre les enseignements du Bouddha, méditer, prier, en toute liberté, mais la politique du gouvernement chinois les en empêche... Il ne sert à rien de prononcer des voeux monastiques et de porter l'habit religieux, si on ne peut vouer sa vie au dharma, disent-ils. Alors autant exprimer la révolte contre l'injustice en manifestant sur le Barkhor ! Ils n'ont plus rien à perdre... C'est très pathétique, surtout lorsqu'il s'agit de très jeunes filles dont la situation et le désespoir touchent beaucoup le public. Je trouve que ces jeunes nonnes qui ont séjourné plusieurs années en prison et qui ont été torturées à outrance, sont très câlines, comme assoiffées de tendresse maternelle. La plupart d'entre elles, pour ne pas dire toutes, ont l'âge de mes enfants, il m'est donc facile de les combler d'affection. |