penelopes@penelopes.org III 30 janvier 2001

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Des veuves kenyanes refusent d’être " héritées "
par Claude Adrien de Mum

Au Kenya, la coutume de l’héritage des veuves est très répandue. La veuve est héritée par un homme de la belle-famille, ou elle doit trouver un homme " pour laver son sexe de la mort ". Contre ces pratiques, une dizaine de veuves ont créé une association en 1995, qui compte aujourd’hui 260 membres, dont 51 hommes.

A Nyanza, à l’ouest du Kenya, des veuves reclament le droit de ne plus être " héritées " par un homme à la mort de leur mari.
" Quand mon mari est mort, il m’a laissée sans ressources, dans une maison qui tombait en ruine. J’ai refusé d’être prise par mon beau-frère. Personne n’a voulu m’aider à réparer la maison ", se souvient Agnes Abonyo. Aujourd’hui, Agnes milite au sein du Saint Monica Women Group, l’association qu’elle a contribué a fonder, pour que cesse la pratique de " l’héritage des veuves ". Et avec l’aide du groupe Monica, elle a reparé sa maison.
Agnes n’est pas un cas isolé. La coutume de " l’héritage des femmes " ou lévirat est ancestrale et très répandue en Afrique. " Au deces de son mari, la veuve est "héritée" par un homme de sa belle-famille, généralement son beau-frère. A défaut, elle doit trouver un homme pour laver son sexe de la mort", explique Millicent A. Obaso, responsable régionale de la santé reproductive pour la Federation internationale de la Croix-Rouge.
Cette coutume a evolué ces dernières années avec l'apparition des laveurs de veuves professionnels, des gigolos qui se font payer pour vivre un temps auprès d'une jeune veuve. A Nyanza, on les appelle les terroristes, à cause de leur insistance à réclamer de l’argent aux veuves. "Certains de ces terroristes sont des soûlards qui répandent des rumeurs sur votre famille quand vous refusez de leur acheter de l'alcool", dénonce Bertha Anyango, une veuve de 62 ans, qui a rejoint Monica.
Ecœurées par cette pratique devenue l'une des causes de la propagation du SIDA dans la puissante tribu Luo, ces veuves n'étaient que dix en 1995, quand elles ont créé le groupe Monica. Malgre l’hostilité de la population de Nyanza, surtout des héritiers potentiels, l’association a rapidement grossi. Soutenue par l’église catholique, elle compte aujourd'hui plus de 260 membres, dont 51 hommes. " Avec le temps, des hommes ont commencé à nous rejoindre. Eux non plus ne supportaient pas les rites qu’ils devaient suivre à la mort de leur femme", explique Mary Amollo, l'une des responsables de Monica.
Il a fallu dans un premier temps beaucoup de persévérance et de courage à ces femmes pour briser le tabou. Les veuves qui s’opposent à ce fondement de la culture tribale Luo sont rejetées. Elles n'ont plus le droit de pénétrer dans une maison. Et à leur mort, il est interdit de leur creuser une tombe. Pour donner à ses adhérentes le courage de dire non, l’association a dû se donner les moyens pratiques de les aider. Chaque membre verse une cotisation hebdomadaire de deux francs. Une somme non négligeable dans une région où une personne sur deux se contente d’un repas par jour.
Monica veut aussi lutter contre la propagation du SIDA, qui touche plus de 35% de la population à Nyanza. "L'héritage des veuves implique des rapports sexuels, ce qui est évidemment tres risqué. Nous essayons de proteger la population en encourageant les jeunes veuves à repousser les terroristes et à venir nous rejoindre", conclut Agnes Aboyo.
(Source : SYFIA / Femmes-Afrique-Info)