![]() penelopes@penelopes.org III 30 janvier 2001 |
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| Entretien avec Werewere Liking
Mère courage propos recueillis par Sylvie Chalaye, « Mais peut-on être nègre sans être patient ? », Vous êtes une artiste de théâtre reconnue internationalement. Un parcours comme le vôtre est exceptionnel. Mais en quoi le chemin parcouru a-t-il été difficile pour la femme que vous êtes? Dans chaque entreprise, il y a des difficultés, aussi bien pour un homme que pour une femme. Certes, les difficultés sont de nature différente, mais il y a toujours des difficultés pour réaliser quelque chose dimportant. La plus grande exigence commande de ne pas céder au découragement et à la paresse. Il faut accepter beaucoup plus quon ne devrait, ne pas considérer chaque critique comme un prétexte au renoncement. Telle est la première difficulté inhérente à toute entreprise. Ne dit-on pas chez nous que seul celui qui nagit pas demeure irréprochable ? Il faut savoir que chaque fois que lon commence une action, on va commettre beaucoup de bêtises, voire blesser des gens. Il faut essayer par conséquent de garder beaucoup de vigilance pour faire le moins de tort possible. Evidemment ce nest pas toujours facile, car linconscient nous fait commettre des actes qui peuvent heurter les autres, alors que telle nétait pas notre intention. Et en tant que fem Color me ? En tant que femme, il faut résister à la tentation de croire que lon a quelque chose de très particulier. Je pense quune femme a des difficultés particulières, mais aussi des atouts particuliers. Moi je ne me considère pas comme une handicapée par le fait que je suis femme. Au contraire, je considère quêtre femme est un privilège. Je le dis à qui veut lentendre : aucun homme naurait pu faire le Ki-Yi en cette époque ; ce nétait pas possible pour un homme. Seule une femme pouvait le faire parce quil fallait avoir lhabitude de donner sa vie pour que la vie continue. Seules les femmes ont appris à le faire. Une sorte de sacrifice en quelque sorte, au-delà de son pouvoir personnel, de son autorité, qui est remise en cause ou pas... Parce quil faut savoir mettre son autorité de côté pour chercher à comprendre afin que la vie continue. Labnégation féminine ? Oui, absolument. Cest de cela que je parle. Comment votre engagement en tant que femme se traduit-il dans votre théâtre ? Il se traduit par le fait que je ne suis pas pressée dans mon théâtre. Quand on a un enfant on ne peut pas décider du rythme auquel on voudrait le voir grandir. Que lon soit pressé ou pas, il prendra le temps quil faut et ne grandira quà son rythme. Mon caractère féminin se manifeste par cette patience : je sais quil ne sert à rien de courir. Je travaille beaucoup, mais je laisse chaque chose aller à son propre mûrissement. Il faut prendre le temps de former les gens. Pour les esthétiques auxquelles moi je rêve, je ne peux pas trouver des gens déjà formés. Il faut donc que je prenne le temps de former les gens. Dans votre dernier spectacle, LEnfant Mbénè, le personnage de la grand-mère est très important. Est-ce quil ny a pas un peu de vous dans ce personnage, bien que vous soyez encore une jeune femme ? Dans les contes, nous avons des personnages modèles. Je pense effectivement que cest le rôle de cette femme que je joue au quotidien. Tous les jours je dois veiller, rappeler aux gens quils ont un destin, des responsabilités, quil doivent fournir plus deffort que dordinaire. Cest en effet le rôle que je joue. Je suis la grand-mère du Ki-Yi et je suis considérée comme une ancêtre. Voilà pourquoi cela ne me choque pas que vous me voyiez comme la grand-mère. Il me semble que le travail que fait le Ki-Yi sappuie justement sur une très forte solidarité féminine ? Oui, jessaie dencourager beaucoup les femmes. Dans les équipes que je forme, il y a désormais beaucoup plus de femmes que dhommes, car labnégation dont elles sont capables est extraordinaire. On dit que former un homme cest bien, mais former une femme cest former dix hommes. |