![]() penelopes@penelopes.org III 31 août 2001 |
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| Marie Ponchelet en marche vers les femmes de Srebrenica Par Laure Poinsot Marie Ponchelet, artiste plasticienne, travaille avec les femmes de Srebrenica, en Bosnie. Victimes du massacre orchestré par les Serbes, en juillet 95, ces femmes accueillent lartiste comme une thérapie collective. Marie Ponchelet, artiste plasticienne, me reçoit chez elle dans son atelier parisien. Elle me fait dabord voir le tapis quelle a rapporté de son dernier voyage en Bosnie, en juillet dernier. Il lui a été offert par une femme quelle a rencontrée à Tuzla, ville de Bosnie située à quelques kilomètres de Srebrenica, aujourdhui territoire serbe. Cette femme na plus rien mais elle a insisté pour que Marie Ponchelet prenne ce superbe tapis de laine fait par sa mère, il y a 25 ans. Les femmes de Srebrenica ont tout perdu avec la guerre mais elles sont très généreuses, elles ont une véritable culture de lhospitalité. Et puis, elles sont vraiment touchées que lon vienne les voir de loin, quon écoute leur histoire pour pouvoir ensuite témoigner. Pendant des années, elles ont été oppressées et traitées comme des chiens par les Serbes avant dêtre massacrées en juillet 1995. Evacuées dans des camps, côté Bosnie, autour de Tuzla, ces rescapées (principalement des femmes et des enfants) ont progressivement sombré dans loubli. Alors, rajoute Marie Ponchelet, que quelquun vienne les écouter, pour elles, cest énorme ! Mettre son art au service des victimes de guerre Marie Ponchelet, crée depuis longtemps des installations sur le thème de la guerre et de la destruction. Après le massacre de Srebrenica, elle a voulu aller sur place pour rencontrer les survivants. Pour elle, cétait une nouvelle démarche dans sa vie dartiste. Il nétait pas question de création mais de mettre son art au service des rescapés. Elle part une première fois en 1996 pour travailler avec les enfants orphelins de Srebrenica. Pendant un mois, elle les fait dessiner, des dessins montrant des engins de guerre mais aussi des maisons. Car cest la première chose que ces enfants dessinent, raconte Marie Ponchelet, leur maison, celle qui a été détruite mais aussi celle quils aimeraient tant avoir aujourdhui. La deuxième année, lété 1997, Marie Ponchelet repart, cette fois-ci pour travailler avec les femmes, pour recueillir leurs témoignages sous la forme de grands posters et en faire une exposition à Tuzla. De retour à Paris avec ces récits terribles et édifiants, elle en fait un grand cahier pour une exposition organisée à la Villette. Critiquer laide humanitaire Cette même année, Marie Ponchelet fait la connaissance, à Paris, de Sadia Ombavic, dorigine bosniaque, qui est gardienne dimmeuble à Paris depuis 30 ans. Sadia Ombavic avait entendu parler des camps de rescapés de Srebrenica et voulait sy rendre. Elle cherchait quelquun pour faire la route de Paris à Tuzla en plein hiver. Marie Ponchelet propose ses talents de conductrice. Ce fut une sacrée expédition de plusieurs semaines sur les routes glacées dEurope, se souvient Marie Ponchelet. Une fois sur place, elles découvrent des camps misérables perdus dans la campagne. Des milliers de personnes vivant dans des préfabriqués construits par une ONG norvégienne, mais qui navaient plus, ni eau, ni électricité et étaient surpeuplés. A leur retour en France, Marie et Sadia alertent des ONG sur la situation désespérée des survivants de Srebrenica, lesquels dépêchent camions et équipes vers Tuzla. Après les massacres de juillet 1995, Le HCR et des ONG sétaient pourtant occupé de ces camps, mais au bout de deux ans, ces organismes ont automatiquement transformé les plans humanitaires de départ en plans de développement alors que les gens des camps nétaient pas encore prêts pour cela. Marie Ponchelet sanime en y repensant. Elle se dit très critique du travail accompli en Bosnie par les ONG françaises et les agences onusiennes. Elle leur reproche surtout davoir organisé les choses sans prendre conseil auprès des femmes qui vivent dans les camps et davoir appliqué les plans réglementaires développés par les sièges sans vraiment les adapter à la situation locale. LAssociation des Femmes de Srebrenica Cest lors de ce voyage dhiver 1997 que Marie Ponchelet rencontre à Tuzla la présidente de lAssociation des Femmes de Srebrenica, Harja Catic, ancienne employée de la mairie de Srebrenica, qui a perdu dans la guerre son mari et un de ses deux fils. Dès la fin des massacres, Harja Catic et plusieurs autres femmes des camps décidèrent de réagir et de sorganiser. Malgré le drame quelles ont toutes vécu, rapporte Marie Ponchelet avec admiration, elles ont perdu leurs hommes, leur maison, leur village aujourdhui habité par des Serbes, elles ont gardé un dynamisme, un courage et une gaieté incroyables. Aussi, dès 1995, elles créent lAssociation des Femmes de Srebrenica dont lobjectif premier était de retrouver les membres de leur famille disparus, au total 10 000 personnes qui ont été tués ou sont toujours portées disparues. Lassociation compte aujourdhui plus de mille membres et agit principalement sur la région de Tuzla. Désirant attirer lattention internationale, lassociation organise de nombreuses manifestations à Tuzla et à Sarajevo ainsi que des rencontres avec des représentants de la communauté internationale et des associations. Elle diffuse un bulletin mensuel et a publié un livre de témoignages (voir ci-dessous). Elle a également créé un site internet (www.srebrenica.org) pour faciliter, entre autres, léchange des informations sur les disparus pour la diaspora émigrée à létranger. Et le 11 de chaque mois, les femmes de Srebrenica se réunissent pacifiquement dans les rues de Tuzla, arborant des banderoles et des coussins sur lesquels sont brodés les noms de tous les disparus. Lutter contre loubli Cest avec la même détermination, que lassociation organise chaque année, le 11 juillet, une cérémonie commémorative à Srebrenica, aujourdhui territoire serbe, ce qui savère un véritable tour de force. En 1996, elles avaient fait une première tentative mais elles avaient été matraquées par la police. De son côté, Marie Ponchelet avait manifesté en France mais voyant la faible répercussion de ces actions, elle prit la décision daller dorénavant soutenir la manifestation des femmes de Srebrenica. Cette année, commente Marie Ponchelet, des anges gardiens, cest-à-dire les soldats des forces internationales, ont constitué un couloir de sécurité tout au long de la route entre Tuzla et Srebrenica, pour protéger les musulmans déventuelles représailles des nationalistes serbes particulièrement remontés depuis larrestation de Milosevic. Mais il en faudrait plus pour arrêter les femmes de Srebrenica. Cette année, elles ont enfin réussi à faire déposer une pierre commémorative à lendroit où seront enterrés, plus tard, les corps retrouvés sur les lieux du massacre. Plusieurs centaines de corps qui sont depuis peu rassemblés dans un centre didentification à Tuzla. Seulement 60 ont pu être jusquici identifiés. Sans ce travail didentification, explique Marie Ponchelet, les femmes de Srebrenica ne peuvent pas faire leur deuil et reconstruire leur vie, tant est que cela soit possible. En attendant, elles se réjouissent que justice soit enfin faite au Tribunal Pénal International. Sans cette reconnaissance qui est essentielle, conclut Marie Ponchelet, on risque dassister, dans les camps, à lémergence de nouvelles générations animées de haine, de violence et de revanche. A lire : Justice et vérité pour la Bosnie-Herzégovine par Andrée Michel, juin 1996, Editions Datafro Il ne sagit pas de prendre parti pour un peuple contre un autre mais de se prononcer pour ou contre un système fasciste qui a pignon sur rue dans le monde en ayant investi non seulement lEtat de la Serbie et la république autoproclamée de Pale, mais aussi les enceintes internationales. Anna, Jeanne, Samia par Madeleine Gagnon, 2001, Fayard De septembre 1999 à mai 2000, Madeleine Gagnon, poétesse et romancière canadienne, a rencontré les femmes aujourdhui victimes de la guerre, en Macédoine, au Kosovo, en Bosnie mais aussi en Israël, en Palestine, au Liban, au Pakistan et au Sri Lanka. Ces femmes ont perdu leurs hommes, maris, pères, fils, amis. Certains sont morts, dautres ont disparu. Nombre dentre elles ont subi des sévices : viols, maisons et fermes incendiées Témoin de leur douleur mais aussi de leur courage, Madeleine Gagnon raconte ces femmes dont plusieurs lui ont dit : « Parlez de nous pour nous sauver ». Srebrenica 1995, LEté dune agonie, Des Femmes témoignent, 2000, LEsprit des péninsules et Arte Editions Peut-être ne saura-t-on jamais ce qui sest vraiment passé en juillet 1995 dans lenclave bosniaque de Srebrenica lorsque 10 000 personnes, principalement des hommes et des jeunes garçons, disparurent à jamais peu après lentrée des troupes serbes dans la ville. Cest pourtant dans lespoir de contribuer à faire connaître la vérité que paraît le présent livre qui rassemble les récits de rescapés dun génocide perpétré sous les yeux de toute lEurope et qui annonçait les massacres à plus grande échelle du Kosovo. 104 témoignages recueillis par lAssociation des Femmes de Srebrenica |