penelopes@penelopes.org III 28 avril 2001

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Femmes et politiques du Yémen

Les femmes engagées aujourd'hui dans le domaine politique sont-elles l'émanation d'une culture ancienne, conférant une place particulière aux femmes, comme la mythique Reine de Saba ? Si les recherches archéologiques n'ont pu confirmer son existence historique d'autres cas de présence de femmes dans le domaine public sont prouvés. Dans l'antiquité des récits creusés dans les stèles relatent des combats de qui opposent des femmes guerrières aux armées de l'Empire de Mésopotamie. A l'époque dans cette société Sud Arabique, les prêtresses ont une autorité et un pouvoir considérable, notamment dans le domaine financier. Les femmes sont aussi « as commercially active members of the society, even as professional women with travelling husband »
1. Le chercheur conclut que des faits « attests to the depth of women's involvement in public life »2. Plus tard, au XIIième siècle une autre Reine désigné par le nom d'Arwa se voit confier les rènes du pouvoir par son mari. Trop peu d'éléments sont en notre disposition pour formuler une conclusion.
Avant l'unification du 22 mai 1990, le Yémen était divisé en deux entitées étatiques la République Arabe du Yémen et la République Populaire et Démocratique du Yémen.

1- Le Yémen avant l'unification :

- La République Arabe du Yémen (RAY) :

Le 26 septembre 1962, les yéménites du Nord s'émancipent de la domination ottomane et créent la République Démocratique et Populaire du Yémen. Il semble que peu des femmes participent à cette guerre de libération. Elles sont présentes, durant la guerre civile de 1962 à 1967, qui oppose les Royalistes, soutenus par l'Arabie Saoudite aux Républicains, soutenus par Nasser. Mais nous ne disposons d'aucune étude à ce sujet.
Il faut attendre la création le 24 août 1982 du parti unique, encore aujourd'hui au pouvoir, Le Congrès Général du Peuple (CGP), pour qu'une femme soit élue au sein de son conseil. Elle sera suivie quatre ans plus tard, par quatre autres femmes.
En 1987, les députés refusent aux femmes de la RAY le droit de se présenter aux élections. Peu de personnes savent qu'un groupe de trente à quarante femmes ont organisé une marche qui aboutit au parlement. Le gardien à son entrée se méprend sur les paroles de Fuzia Noman, la chef de file. Elle dit avoir perdu un enfant de vingt sept ans, faisant allusion à la date anniversaire de la révolution. Or, à la même époque les journaux rapportent dans les faits divers qu'un jeune homme de vingt sept ans est mort dans un accident. L'homme pense que Fuzia Noman est sa mère et la laisse entrer ainsi que le groupe. Ces femmes s'installent et déclarent ne pas bouger tant que leurs droits ne seront pas rétablis. Elles réclament une entrevue avec le Président. Cinq femmes obtiendront une nomination au parlement. On fit ainsi taire les insatisfaites, sans autoriser la candidature de femmes aux élections. La situation reste dans ce statut quo jusqu'à l'unification.

- La République Populaire et Démocratique du Yémen :

Le Yémen du Sud est une colonie anglaise depuis 1839.
La première association rassemblant adénites et non adénites est fondée en 1940 et les premiers clubs à la fin des années quarante, début des années cinquante, sont initiés par les anglais. Puis, tout au moins à Aden, le Aden Women's Club (le Club des femmes d'Aden) est dirigé par de riches femmes arabes qui sont imprégnées par les idées nationalistes. Toutes ces organisations ne s'occupent que d'activités caritatives, apprenant la couture aux femmes... Les revendications féministes n'ont pas leur place. La première organisation plus progressiste dans le domaine politique est l'Arab Women's Society (La Société des Femmes Arabes), véritable lieu de militantisme politique.
En 1963, le Front de Libération Nationale (FLN), opposant aux colonisateurs anglais met en place une section de femmes et affirme ainsi son principe d'égalité des sexes
3. En 1965, le FLN adopte une résolution dans son chapitre national qui appelle à la libération des femmes de la tradition et affirme leur besoin d'obtenir l'égalité4 même si la section des femmes reste sous la direction des hommes. Selon Aida Yafai, 200 à 300 femmes jouent un rôle actif dans le lutte armée aussi à travers le Comité des Femmes Arabes dont ces membres distribuent des tracts, aident les prisonnières, prennent les armes...
Par leur participation à la lutte, les femmes exigent après l'indépendance un changement de leur statut dans la société. Le FLN change radicalement de politique dans les domaines économiques et sociaux en conformité à la pensée Marxisme-Léninisme de l'époque. En 1968, une véritable politique s'adressant aux femmes est mise en place. L'Union des Femmes Yéménites en est l'instrument principal. La constitution de 1970, confirme cette politique en reconnaissant l'importante participation des femmes dans la lutte de libération. Elles sont vues comme des « alliées de la classe révolutionnaire » pour leur place dans la production. La constitution souligne le rôle des Unions de Femmes dans la mobilisation des femmes à la production et à la prise de conscience politique. Enfin, le droit à une éducation gratuite est inscrite dans la constitution et concerne particulièrement les filles.
Selon Maxine Molyneux, « the most important legislative decree specifically directed at alterning women's legal status was a Family Law of 1974 wich like Cuba's Family Law was only promulgated after being widely circulated in draft Form for discussion. »
5. Elle ajoute concernant cette loi « It will however be a long time before women's rigths can be effectively guaranteed since the power of traditionalist ideologies and of family pressures combine to limit the degree to wich women are able to attain them »6. La nouvelle loi sur la famille interdit le mariage pour la fille avant l'âge de seize ans, dix huit ans pour le garçon et impose une limite dans la différence d'âge de vingt ans entre les deux parties. La dote est fixée par la loi et a une valeur symbolique. Les femmes ont le droit de divorcer, d'obtenir la garde des enfants ainsi que le domicile. La polygamie est de fait quasi impossible. Dans le domaine juridique le témoignage d'une femme ou d'homme ont la même force. Pour l'héritage les biens sont répartis dans la même proportion pour tous les membres de la famille.
L'Union des Femmes Yéménites (UFY) crée en 1974 est pendant ces années de socialo-communisme une organisation très puissante. L'Union est contrôlée par le Parti Socialiste Yéménite à partir de 1978, date de sa formation. La structure de l'UFY est identique à celle des syndicats, des Unions des Paysans ou des Unions de la Jeunesse. L'organisation a pour mission de lutter contre l'analphabétismme des femmes, de développer les ateliers de métiers, la couture... Elle connaît un grand succès, les cours sont vites surchargés. L'UFY dépasse ces fonctions traditionnelles. Par exemple, la seule usine d'Aden fait appel à l'Union pour satisfaire ses besoins de main d'œuvre féminine. Elle peut aussi être le médiateur en cas de divorce afin d'éviter l'intervention de la justice, toujours mal acceptée par les familles... Au début des années 70, elle engage une campagne contre le port du voile.

L'Etat porte aussi un effort considérable sur la scolarisation des filles dans tout le pays ce qui fait écrire à Michael Collins Dunn que la RDPY est : « one of the best educated populations of women in the arab World and gave them job accordingly »
7. Enfin, l'action du gouvernement touche la participation plus importante des femmes dans le domaine du travail. Cet objectif est une des bases de l'idéologie dans laquelle leur émancipation ne peut se réaliser que par leur participation à la production. En conséquence, la RPDY affiche une présence des femmes au travail parmi les plus conséquentes du monde arabe. Elles sont présentes dans la plupart des secteurs d'emplois. Elles représentent 14% des travailleurs en 1980. On compte en 1980, 17 jardins d'enfants qui restent inadaptées aux besoins parce qu'elles ferment avant la fin de la journée de travail. Si ces mesures sont remarquables, selon Maxine Molyneux l'état n'a pas de véritable volonté de promouvoir une autre forme de division des tâches ménagères.

2- La Republique du Yémen, après 1990 :

- Les femmes et les élections:

Au moment des négociations portant sur l'unité, les deux parties traitent sur un pied d'égalité, malgré un déséquilibre dans le peuplement (la RAY compte plus de sept million cinq cent mille habitants et la RDPY deux million cinq cent mille). La fusion, selon calendrier se déroule sur trois ans. L'unification permet l'émergence du multipartisme. Les partis politiques jusqu'à présent clandestins opèrent dans la légalité. Le parlement de transition est une cohabitation de celui de l'ancien Nord et de l'ancien Sud. Dix femmes, sur 301 membres, y siègent. Elles sont toutes issues du Conseil Suprême de la précédente RDPY. Le président est Ali Abdallah Saleh (Président de la RAY depuis 1978), secondé par le président de l'ancienne RDPY, Ali Salim Al Baidh.

Les premières élections législatives du Yémen unifié sont organisées le 27 avril 1993. Sur quatre milles candidatures, quarante quatre sont des femmes
8. La majorité d'entre elles n'appartient à aucun parti. 478.790 citoyennes yéménites sont enregistrées sur les listes électorales, ce qui représente entre seize et vingt pour-cent des potentielles électrices (chez les hommes la proportion s'élève à quatre vingt sept pour-cent). Ce faible pourcentage de la participation des femmes s'explique notamment par un manque de logistique ; Le vote nécessite la présentation d'une pièce d'identité qui dévoile un visage ce qui est difficilement accepté par les époux. Beaucoup refusent d'autoriser le vote à leur(s) femme(s). Le problème est pratiquement résolu lors des deuxièmes élections législatives. Deux femmes du Sud sont élues.
On peut s'interroger sur le déroulement démocratique de ces élections. Les partis politiques majeurs (CGP et Al Islah) auraient passé des accords pour se partager les circonscriptions. Les candidates en majorité non affiliées à un parti ont subi cette pratique « déloyale ». On peut aussi douter de la volonté des formations politiques de faire élire leurs candidates. Certaines sont, en effet, parachutées dans une circonscription et face à un homme très populaire ce qui leur laisse peu de chance de remporter l'élection.

Le 27 Avril 1997, le Yémen connaît sa deuxième élection législative boycottée par le PSY réclamant de véritables garanties démocratiques
9. En conséquence le nombre de candidates est en diminution puisque, lors du vote de 1993, les femmes les plus nombreuses appartenant à une formation politique sont les militantes du PSY10. Le nombre de citoyennes inscrites sur les listes électorales 1.272.073 augmente par rapport à 199311. A nouveau, deux femmes sont élues : Dr. Oras SULTAN NAJI et Mme Oloof Saeef BA-KHOBAIRA.

- Les femmes dans les partis politiques :

Aujourd'hui, l'engagement des femmes est un sujet prisé dans toutes les formations politiques car il est un gage d'ouverture. Au moment de la création officielle, après l'unification, les tous les partis mettent en place une section de femmes. Les élections de 1993 stimulent cet intérêt. Les partis prennent conscience de l'importance du vote des femmes et de leur nécessaire présence dans leur rang. Beaucoup entrent alors pour la première fois dans le militantisme. Dans quelle proportion ? Nous ne disposons d'aucun chiffre.
Ainsi, le parti islamiste et tribal, Al Islah accepte en octobre 1998 la présence de femmes dans la Shura
12 alors que leur slogan qui leur est adressé aux élections de 1993 est : « votez pour le meilleur homme »13. Sept femmes sur cent trente à cent soixante membres y sont élues. En juillet 1999, le Comité Permanent du parti du CPG, ancien parti unique du Nord, aujourd'hui au pouvoir, surenchérit. Nos sources divergent sur le nombre exact d'élues au CPG. S'agit-il de trente cinq femmes sur les sept cent membres ? Où de cinquante femmes ?14 Il élit en son sein un nombre encore jamais égalé de militantes à ce niveau de la hiérarchie interne d'une formation politique. Enfin, le Comité Central du PSY affiche la présence de trois femmes parmi cent trois membres. La dernière avancée en politique concernant les femmes est menée par le PSY. Ce dernier a décidé de se conformer aux recommandations de la conférence de Pékin en élisant à tous les niveaux de sa hiérarchie interne 30% de femmes15. La volonté politique est présente mais le manque de militantes et de candidates ne semble pas permettre jusqu'à présent la réalisation de cet objectif. Enfin, un Sénat doit être mis en place16 et la présence féminine y est discutée. On parle de nomination des femmes qui est un mode de désignation déjà réclamé par les militantes du PSY pour les députés. Ces personnalités politiques s'inspirent du modèle égyptien.
Maggy Grabundzija

NOTES
1- ...comme commercialement des membres actifs de la société, même comme femme professionnelle voyageant avec son mari.
2- ... atteste de l'engagement conséquent des femmes dans la vie publique.
3- State Policy and the Position of Women in the South Yemen, Maxine, MOLYNEUX, Peuples Méditerranéens, n°12 Juillet-Septembre, 1980 et dans Feminist Review, vol.1, n°1, 1979.
4- Maxine Molyneux, ibid.
5- le plus important décret législatif spécifiquement adressée à une alternative légale concernant le statut des femmes était la loi de la famille de 1974, qu comme la loi Cubaine sur la famille dont le projet fut promulguée seulement après avoir été largement discuté. Maxine, MOLYNEUX, State Policy and the Position of Women in the South Yemen, Peuples Méditerranéens, n°12 Juillet-Septembre, 1980 et dans Feminist Review, vol.1, n°1, 1979. 36p.
6- Cela prendra du temps avant que les droit des femmes soient effectivement garanties tant que le pouvoir des idéologies traditionnelles et la pression familiale limitent le degré que les femmes sont capables d'atteindre
7- un des populations de femmes les mieux scolarisés dans le monde arabe, ce qui leur permet d'obtenir un travail. Micheal, COLLINS DUNN, Isamist Parties in Jordan and Yemen, Middle East Policy, vol. 44, 1993, n°2, 16-27p.
8- The April 27, 1997 Parliementary Elections in Yemen, National Democratic Institut For International Affairs, 1998, 44p., 38p.. Nous ne disposons pas de chiffres concordant. The 1993 Parlementary Elections in Yemen, dans Democratic Developments in Yemen, éd. Amat Al Aleem AS-SUSWA, 1994, Professors World Peace Academy, Sanaa, 177p. en dénombre quarante et une (soit moins de 1,5% des candidatures). Le CPG présente 2 candidates, le PSY 14, le parti du Ba'ath : 1, les trois partis Nassériens chacun 1, le parti Rabitat Abna Al Yaman : 1 et enfin indépendantes : 17.
9- 187 sièges sont remportés par le CPG, 53 par Al Islah. Le président du Parlement est Abdallah Husayn Al Ahmar, les cheikh suprême de la confédération tribale des Hâshid et président d'Al Islah.
10- Selon le NDI 23 femmes ont posé leur candidature : 2 femmes appartenant au CPG, 2 au Arab Ba'ath Socialist Party, 1au parti Al Haqq, 1 au Parti du peuple Nassérien et 15 sans affiliation. 28pp.
11- Selon le rapport du Comité National des Femmes. Les chiffres divulgués par le rapport du National Democratic Institut sont bien inférieurs et s'élèvent à 825.984. 2 -28pp.
12- instance de direction.
13- Voir l'article de Janine CLARK, Women and Islamic Activism in Yemen, dans Yemen Update, n°39, 1997, 13-15p., qui confirme que les leaders du parti ont compris « le rôle crucial que les femmes ont joué, et continuent à jouer dans le recrutement et la mobilisation d'autres femmes pour rejoindre ou pour voter pour Islah. »
14- Report on the Status of Women in Yemen five Years after Beijing 1995 du Comité National des Femmes dénombre trente cinq femmes alors que le Yemen Observer du 12 juillet 1999 vol.II Issue 30 titrait : 50 Women Elected to the Permanant Committee (50 femmes élues au Comité Permanent). Ce chiffre nous est confirmé par Mme Al Souswa, directrice du Comité National des Femmes à l'origine du rapport.
15- Le positionnement d'autres personnalités au Maroc, comme Halima Embarek WARZALI, dans le livre de Latifa AKHARBACH et Najris RERHAYE, op.cit. concernant la demande d'institution des quotas est aussi positive. « C'est une mesure productive et rentable ».
16- Cette information nous est révélée par un membre du cabinet du gouvernement, lors de la conférence organisée à Aden par le Comité National des Femmes discutant du rapport écrit pour marquer les 'cinq ans après Pékin'.