penelopes@penelopes.org III 30 janvier 2001

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Programmes d’ajustement structurel

Fiche-action concernant la fin des programmes d’ajustement structurel (PAS), mise à disposition par la Marche Mondiale des Femmes

Texte de la revendication
La fin des programmes d’ajustement structurels

Synthèse de la situation

La Banque Mondiale, et plus particulièrement le Fonds Monétaire International1 sont les institutions responsables de concevoir, de recommander et d’appliquer les programmes d’ajustement structurels ( PAS ) dans presque une centaine de pays du Sud et de l’Est .

Ces programmes ont vu le jour à la fin des années 80. Ils ont pour objectif la réorganisation des économies selon les principes de l’orthodoxie néo-libérale classique et la gestion de la dette extérieure des pays endettés du Sud et, plus récemment, de l’Est.
L’ajustement structurel de leur économie à la logique et à la dynamique néo-libérale, doit permettre à ces pays de dégager les ressources nécessaires au remboursement de leurs dettes, notamment via les exportations qui sont présentées comme prioritaires. Ces programmes ont des conséquences dramatiques et particulièrement sur la vie des femmes.

Les Mesures constitutives des PAS :
  • restructuration de toute l’économie du pays en vue de favoriser l’exportation ;
  • augmentation des taux d’intérêts ;
  • coupures dans les programmes publics ( éducation, santé, programmes alimentaires) ;
  • diminution des services de l’État ( mises à pied massives );
  • levée des obstacles au commerce international ;
  • déréglementation des prix des biens et de services ;
  • privatisation des entreprises de l’État rentables ;
  • dévaluation de la monnaie.


Conséquences réelles des PAS après vingt ans d’application :

  • chômage massif pour les employés et employées des secteurs publics. Il résulte des mises à pied massives ;
  • précarisation des emplois, surtout des emplois féminins et multiplication de nouveaux types d’emplois à très bas salaires et majoritairement féminins également ( notamment dans les zones franches ) 2;
  • affaiblissement de l’action syndical et disparition progressive des normes du travail ;
  • réduction des services publics gratuits et accessibles corrélative à la diminution du rôle social de l’État, coupures dans les budgets sociaux et privatisation de secteurs des services publics ;
  • pénurie de produits alimentaires essentiels, dits " de base " ;
  • dégradation de l’environnement ;
  • hausse des prix, particulièrement des biens et des services essentiels ;
  • augmentation de l’analphabétisme ;
  • détérioration de la santé de la majorité de la population mais particulièrement de celle des femmes et des enfants ; ré-apparition de maladies qui avaient déjà été contrôlées auparavant comme la tuberculose, le choléra, etc…

Par l’application des mesures constitutives des Programmes " d’ajustement structurel ", on a éliminé les mécanismes de redistribution des revenus collectifs en faveur des personnes les plus démunies de la société.
Ces mesures de restructuration économique expliquent " la mondialisation de la pauvreté "3.

Depuis le début de leurs mises en application, la pauvreté a augmenté et les écarts entre les riches et les pauvres aussi.
La mondialisation économique se fait au détriment de la majorité de la population mondiale et au bénéfice des entreprises nationales et transnationales .

Une poignée d’individus détient une richesse comparable au PNB ( produit national brut ) de 56 % de la population mondiale 4.

Quelques données
Au Pérou, en 1990, le prix du pain a été multiplié par 12 et celui de l’essence par 31 en une journée.

Les hausses brutales des prix des produits de base comme le pain ont conduit à des émeutes en République Dominicaine, au Venezuela, en Zambie, au Soudan, en Tunisie, au Maroc et en Égypte.

Au Philippines 5 :
48,7 % des femmes enceintes souffrent d’anémie alimentaire ;
37,2 % des mères ne produisent pas de lait ;
4, 7 % des femmes sont goitreuses alors que 0,7 % des hommes sont goitreux ;
près de 2000 femmes sont décédées en 1989 suite à l’absence de soins pendant et après leurs grossesses ;
pour l’année 1988-1989, l’intérêt de la dette extérieure des Philippines s’élevait à 4,4 millions de dollars par jour, soit 13 fois le budget du ministère de la santé.

Actions suggérées :
Les coordinations nationales des pays ayant un programme d’ajustement structurel en exécution peuvent exiger de leurs gouvernements
à court terme :
qu’ils mettent fin aux programmes d’ajustement structurel et à tout contrat de prêt conditionné selon la logique implacable de ces programmes.

à plus long terme :
qu’ils exigent de nouvelles conditions aux prêts financés par le FMI et par la BM ou par les institutions de financement internationales qui les remplaceraient.
Ces nouvelles conditions de prêts seraient fixées selon de nouveaux critères de développement tenant notamment compte des indices sexués. Ces nouveaux critères seraient adoptés par le parlement du pays sous consultation préalable des organisations populaires et particulièrement de la Coordination nationale mise sur pied dans le cadre de la Marche mondiale des femmes. Cette consultation serait obligatoire et rendue publique.


Les coordinations nationales des pays membres de l’OCDE6 peuvent exiger de leurs gouvernements

à court terme :
qu’ils n’exigent plus la mise en pratique des programmes d’ajustement structurel qui s’appliquent dans les pays du Sud et de l’Est et que, dans les forums et rencontres internationales comme le G7, G20, Assemblées des FMI, BM, OMC etc, ils fassent pression pour l’annulation des ces programmes

à plus long terme :
que les conditions actuelles, liées à l’application des PAS, de prêts accordés par les institutions financières internationales, soient remplacées par de nouvelles conditions reposant sur un autre modèle de développement social, économique, environnemental, politique et culturel adapté qui permettra l’élimination de la pauvreté et de la violence. L’élaboration de ce nouveau modèle de développement ne doit pas être le fait des pays riches, elle doit reposer sur une large participation des pays en voie de développement.

Les institutions

La Banque Mondiale (BM) :
Mission :
promouvoir le développement économique ;
promouvoir la reconstruction des pays émergents ou détruits par la guerre.
Structure :
pour être membre de la BM il faut être membre du FMI ;
il y a 182 pays membres ;
il existe un conseil des gouverneurs, ce sont généralement les ministres des finances des pays membres. Ils se réunissent une fois l’an, lors de l’assemblée conjointe BM-FMI ;
le conseil d’administration est composé de 24 membres nommés par des pays ou par des groupes de pays ;
elle emploie 10 000 personnes ;
depuis toujours son Président est un citoyen des États-Unis ; il s’agit depuis 1995 de M. James Wolfensohn.
Processus décisionnel :
la quota- part ( c’est -à -dire la somme que chaque pays dépose dans la banque) est déterminée selon la richesse du pays ;
le droit de vote de chaque pays est proportionnel à sa quote-part ;
la richesse du pays détermine son pouvoir au sein de la BM ;

Le Fonds Monétaire International (FMI) :
Mission :
assurer la stabilité du système monétaire international ;
promouvoir le commerce international ;
promouvoir la stabilité des changes.
Structure :
il y a 182 pays membres ;
il existe un conseil des gouverneurs; comme pour la Banque Mondiale ce sont généralement les ministres des finances des pays membres. Ils se réunissent une fois par an, lors de l’assemblée conjointe FMI-BM ;
le conseil d’administration est composé de 24 membres, nommés par les pays ou par des groupes de pays ;
il emploie 2 200 personnes, majoritairement des économistes ;
depuis toujours son directeur est un citoyen de l’Europe ; il s’agit depuis mars 2000 de M. Horst Köhler, d’origine allemande ;
Processus décisionnel :
la quota- part ( c’est-à-dire la somme que chaque pays dépose dans le Fonds ) est déterminé par la richesse du pays ;
le droit de vote de chaque pays est proportionnel à sa quote-part ;
la richesse de chaque pays détermine son pouvoir au sein du FMI.


  1. Vous trouverez une brève présentation de ces deux institutions en annexes de cette fiche.
  2. Cf. : Fiche- action concernant les Normes du travail internationales.
  3. La mondialisation de la pauvreté, Michel Chossudovshy, éd. Écosociété, Québec, Canada, 1998.
  4. " Une logique implacable ", Michel Chossudovsky, dans Les exclus du festin, Relations, Québec, juin 2000.
  5. Vivre sur la corde raide, les femmes, la crise de la dette et l’ajustement structurel aux Philippines, Illo Baquirin, 1992.
  6. . Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Italie, Irlande, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse. Nous n’avons pas inclus la Grèce, le Mexique et la Turquie, parce que bien qu’ils soient membres de l’OCDE, ils ne sont pas des pays industrialisés.