![]() penelopes@penelopes.org III 28 février 2001 |
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| Quel sera l'impact de George Bush sur le droit de choisir ? par Caroline Fourest Pendant les 35 jours du feuilleton à rebondissements de Floride, la droite religieuse américaine n'a cessé de prier pour que le candidat républicain l'emporte. Leur vu exaucé, beaucoup d'observateurs s'inquiètent. Quel sort réservera la toute nouvelle administration au droit de choisir, en particulier à l'arrêt Roe vs Wade garantissant le droit à l'avortement ? George W. Bush tiendra-t-il ses promesses d'un "conservatisme compassionnel" ou, au contraire, va-t-il satisfaire les exigences de ses alliés de la droite religieuse ? Des nominations ultra-conservatrices Certains pronostiquaient qu'une élection aussi difficile modérerait le nouveau président. Une hypothèse démentie par la nomination de personnalités ultra-conservatrices aux postes-clefs du gouvernement américain, notamment dans les deux domaines touchant au droit de choisir : la santé et la justice. Méme si Linda Chavez, la préposée au Travail, connue pour ses positions anti-homosexuels et anti-affirmative action, a renoncé à son poste, le futur gouvernement semble tenir bon en ce qui concerne la nomination de Tommy Thompson - un républicain anti-avortement - à la Santé et celle de John Ashcroft au poste de Ministre de la justice. Fils de pasteur, vieil ami de Jerry Falwell, Aschcroft est le candidat révé pour la droite religieuse. Soutenu financièrement par Pat Robertson, cet ancien gouverneur du Misssouri n'est pas un simple ultra-conservateur, c'est un militant anti-choix, un ennemi acharné de l'affirmative action, un proche des nostalgiques de la ségrégation, un élu anti-gay et un fervent partisan de la peine de mort. Artisan du projet sur le "choix charitable" qui a permis aux groupes religieux de bénéficier d'exemption d'impôts au motif qu'ils contribuaient à l'action sociale (c'est ainsi que se finance notamment un certain nombre de centres d'écoute et d'accueil "provie"), il a également plusieurs fois tenté de faire amender la Constitution dans le sens d'une interdiction de droit d'avorter, y compris en cas d'inceste et de viol. Devant la polémique que suscite sa nomination, il s'est senti obligé de déclarer qu'il entendait appliquer la loi sans tenir compte de ses convictions personnelles. Pourtant, la NARAL (National Association For The Repeal Of Abortion Law) estime qu'avec sa nomination " les libertés qu'il a fallu un siècle pour obtenir sont désormais menacées de façon alarmante". Tandis que pro-life et pro-choice multiplient les campagnes pour pousser le Sénat à défaire, ou au contraire à confirmer la nomination des deux ministres controversés, le nouveau gouvernement donne déjà des gages de son engagement anti-choix. Tommy Thompson a annoncé qu'il ferait tout pour revenir sur la décision de la Food and Drug administration qui avait enfin autorisé, 12 ans après l'Europe, l'entrée du RU 486 sur le marché américain. Quant à George Bush, s'il n'a pas - comme ses prédécesseurs républicains - l'intention de faire passer un amendement interdisant l'avortement, il vient de relancer le chantage consistant à menacer de retirer le soutien financier de l'Amérique à toute organisation soutenant l'avortement. Il se déclare prét à tout faire pour limiter les avortements et compte sur la Cour supréme pour examiner au besoin l'arrêt Roe vs Wade. Le basculement possible de la Cour suprême Le danger vient en effet de la Cour supréme dont l'équilibre, fragile, pourrait bien définitivement basculer du côté pro-life si George W. Bush était amené à nommer des remplaçants. C'est le seul domaine où le président des Etats-Unis a les pleins pouvoirs, le seul aussi où l'ultra-droite a jusqu'à présent échoué. En son temps, Reagan a ainsi eu la mauvaise idée de miser sur Sandra Day O'Connor, une juge réputée ultra-conservatrice mais qui n'a pourtant jamais fait basculer la jurisprudence à l'encontre de l'arrêt Roe vs Wade. Georges W. Bush aura-t-il le méme manque de flair ? Il s'est engagé durant sa campagne à ne pas faire de l'opposition à l'avortement un critère dans son choix pour le poste de juge à la Cour supréme... En tant que gouverneur, le futur président W. Bush a pourtant fait passer plus de 16 lois restreignant le droit d'avorter dans son Etat. D'une façon générale, ce sont toutes les avancées du droit de choisir conquises ces dernières années (en matiére de droits reproductifs, de liberté sexuelle, de protection des minorités) qui se trouvent menacées par l'entrée en fonction d'une administration républicaine aussi conservatrice après des années de réaction parlementaire. Majoritaires au Congrés depuis 1994, les élus Républicains ont déjà considérablement grignoté le droit de choisir. La législation sur le droit de mourir dans la dignité est verrouillée. Le parlement a également voté un Defense Mariage Act interdisant au plan fédéral toute loi allant dans le sens d'un mariage entre individus de même sexe, alors que plusieurs Etats comme le Vermont commencent à accorder des droits aux unions homosexuelles. Enfin, les élus du parti conservateur ont entériné au niveau national des lois locales qui interdisent de plus en plus fréquemment le droit d'avorter "par naissance partielle", c'est-à-dire dans les dernières semaines de grossesse. Un droit de choisir laminé dans les faits Si en 20 ans de lobby anti-avortement, tout ce qui semblait possible d'en haut - excepté l'annulation pure et simple de l'arrêt Roe vs Wade Ü a été entrepris, rien n'a été plus efficace pour faire reculer le droit de choisir que le harcèlement continu, mené par une centaine d'associations pro-vie dispersées aux quatre coins de l'Amérique. C'est au quotidien et sur le terrain que la violence des anti-choix terrorise celles et ceux qui ne partagent pas leur vision de "la vie". Les gays ont obtenu quelques droits mais combien de Matthew Shepard retrouve-t-on morts au petit matin ? Après qu'une bande de jeunes homophobes, enfiévrés par les sermons de la droite religieuse, se soit sentie autorisée à s'acharner contre "ces pédés que Dieu hait"... Les femmes ont toujours le droit d'avorter mais dans quelles conditions ? Sans parler de l'avortement tardif - interdit depuis peu dans 34 Etats américains - le parcours d'une Américaine qui souhaite avorter est un cauchemar annoncé. Paniquées à l'idée de croiser sur son chemin un "conseiller" anti-avortement qui agitera sous son nez une photo de ftus en morceaux, elles doivent avoir parfois recours à des escortes pour se faire accompagner. La vie des médecins et des responsables de Centres de Planification familiale est, elle aussi, devenue un enfer. Quand ils ne sont pas assassinés par un sniper, une lettre piégée, ils sont harcelés jusqu'en bas de chez eux. Peu de jeunes médecins se précipitent pour assurer la relève, certains jouent l'objection de conscience pour ne pas exercer. Depuis l'Amendement Hyde en 1976, des lois sont systématiquement votées pour réduire et finalement interdire le financement des services où l'on pratique l'avortement. Résultat, ils ferment les uns aprés les autres. Certaines Américaines peuvent avoir à effectuer plusieurs jours de voyage avant de trouver un centre où elles peuvent avorter, à condition bien sûr qu'elles aient l'argent nécessaire pour se payer un billet d'avion ou de car... Le 14 septembre 1994, une jeune femme de 19 ans, sans emploi, s'est tiré une balle dans l'abdomen : la seule façon, "médicalement remboursée" à la portée de ses moyens pour mettre fin à sa grossesse. Accouché d'urgence par césarienne, le ftus est mort quelques semaines plus tard d'une déficience rénale. La mère, elle, a été inculpée de "fticide". Comme au temps de l'avortement clandestin, ce sont les femmes les plus démunies, les adolescentes, celles qui ont le plus besoin de ne pas avoir une grossesse qu'elles n'ont ni désirée, ni les moyens d'assumer, qui trinquent. Ainsi pendant que l'opinion publique internationale s'interroge sur ce que les anti-choix vont pouvoir gagner avec l'arrivée d'un George W. Bush au pouvoir, les militants de l'ordre naturel et divin savent qu'ils ont déjà gagné le principal : que les femmes "avortent dans la douleur". Rédactrice en chef de la revue ProChoix Cette tribune a été acceptée, puis refusée, par Le Monde. |