Québec : une étude sur le cyberféminisme
Selon les statistiques, les femmes seraient moins branchées que les hommes. Afin de renverser la tendance, quelques internautes en jupon ont choisi de s'organiser. Aube du cyberfeminisme...
En réalisant Terre@terre dans le cyberespace, un projet d'intervention auprès des femmes et des groupes féministes, Colette Lelièvre s'est rendu compte que les femmes n'utilisent pas beaucoup Internet. Réalisée pour le compte du Studio XX, un groupe féministe qui agit dans le champ des technologies numériques, cette étude a fait le tour de plusieurs groupes de femmes tels que Stella (travailleuses du sexe) et le Collectif des femmes immigrantes, pour ne nommer que ceux-la. "Nous voulions savoir comment l'informatique s'était introduite dans leurs groupes et comment elle pouvait s'intégrer dans leur travail, dit Colette Lelièvre, auteure du rapport. La conclusion, c'est que ces groupes ne sont à peu près pas branchés. Il faut comprendre que l'ordinateur n'est pas l'outil de base pour un groupe qui fait de l'intervention directe pour une femme violentée, par exemple. Mais Internet peut servir pour mobiliser des gens autour d'une cause et pour mener des actions politiques."
Le StudioXX a donc décidé d'informer ces groupes de femmes sur la façon dont elles peuvent utiliser le Net pour défendre leur cause. Pétitions, publication de mémoires sur le Web, envoi de pages Web aux gouvernements, le Studio XX a même choisi de montrer à ces femmes des techniques de contestation proches de celles des hackers. "Il y a des moyens plus agressifs et plus funky qui peuvent être utilisés pour faire valoir ses droits ou protester. Par exemple, on peut modifier la page d'accueil de la personne visée. On dit aux groupes: "C'est à vous de choisir entre des techniques légales et d'autres plus explosives..."
" Au Québec, à part le Studio XX et Netfemmes, un groupe de cyberféministes, peu de groupes utilisent le Net comme moyen d'action. "Internet, aujourd'hui, n'a aucun impact sur le mouvement féministe québécois, soutient Colette Lelièvre. Le mouvement féministe ne se sert pas de tout le potentiel d'Internet pour défendre ses positions; on se sert du courriel en coulisses, mais pas pour réaliser des coups d'éclat." Pour Colette Lelièvre, les groupes de femmes sont intéressés à investir le Net, mais ils manquent de temps et de ressources pour le
faire. Ailleurs dans le monde il y a pourtant de nombreux exemples d'utilisation d'Internet par le mouvement féministe, comme la Feminist Foundation.
Web rose
"Il ne faut pas que les femmes ratent le bateau des nouvelles technologies et elle doivent investir le cyberespace à leur maniere, dit Lise Gagnon, directrice du Studio XX. Pour cela, il faut qu'elles puissent créer cet espace en lui donnant une couleur différente. Plus il y aura de femmes qui vont s'approprier ce médium, plus il leur ressemblera."
En plus d'offrir de nombreuses activités d'apprentissage et de discussion sur les nouvelles technologies, le Studio XX propose cette année une incursion dans l'univers Web des femmes grâce à la troisième édition des HTMlles, le festival du cyberart. Présente à la Cinémathèque
québécoise jusqu'au 6 février et sur le site Web du Studio XX (www.studioxx.org), cet événement permettra aux curieux de decouvrir des oeuvres Web réalisées par des Canadiennes et des Américaines, mais aussi par des artistes provenant d'Australie et de
Russie.
"D'un point de vue artistique, les femmes sont de plus en plus présentes sur le Web, explique Valérie Lamontagne, coordonnatrice du Festival et de la programmation du Studio XX. Le Web attire beaucoup de femmes qui veulent s'en servir comme d'un medium pour l'art, un peu comme ce qui s'est passé avec l'arrivée de la vidéo."
Parmi ces oeuvres, certaines abordent plus directement la cause féministe. Generation Lost, de Christine Stewart, exploite ainsi l'idee de l'arbre généalogique, mais du point de vue des femmes. "Dans leurs oeuvres, je constate que les femmes sont généralement plus conscientes des impacts de la technologie. Elles sont donc porteuses d'un message plus fort et plus critique."
Même si le taux d'utilisation du Net par les femmes est en nette progression, comme le démontre le Festival, le fait demeure que ce sont les hommes et les femmes possédant les revenus et les taux de scolarité les plus élevés qui utilisent le plus le Net. "Les femmes ayant un revenu plus élevé utilisent davantage Internet, mais il y a malheureusement plus de femmes pauvres que d'hommes pauvres, dit Colette Lelièvre. Il faudrait que le gouvernement enclenche une strategie pour que les personnes les plus démunies, et pas seulement les femmes, aient accès aux technologies. Malheureusement, il n'y a pas de stratégie élaborée au
Québec pour résoudre ce problème. Ils devraient le faire, sinon la différence entre les riches et les pauvres ne fera que s'accentuer."
Dans la section francaise du site Internet du Studio XX
www.studioxx.org, vous pouvez consulter l'étude Terre@terre et écouter des extraits d'entrevues avec des groupes de femmes.