L’année Simone de Beauvoir a bien commencé !

L'année Simone de Beauvoir, où l'on célèbre en particulier le cinquantenaire de la célébration de la publication du Deuxième Sexe, a commencé en France avec la tenue à Paris d'un colloque international organisé par Christine Delphy et Sylvie Chaperon du 19 janvier au 22 janvier 1999 au Ministère de la Recherche et clos le 23 janvier dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.

Ouvert par Sylvie Le Bon de Beauvoir, ce colloque fut un succès. Plus de trois cent femmes étaient présentes, venues des cinq continents. Pour des raisons de place dans la salle, trois cent autres inscriptions durent être refusées. Peu d'hommes, malheureusement, écoutèrent les débats. La lecture du Deuxième Sexe dérange-t-elle encore?
Ce rendez-vous avec Le Deuxième Sexe donna lieu à près de 150 interventions sur les cinq jours des colloques. Elles étaient passionnantes parfois étonnantes.

Ainsi Asa Moberg, qui prépare une nouvelle version du Deuxième Sexe en suédois raconta comment dans la version en vente en Suède actuellement, ne figurent pas les passages concernant la sexualité.
Svetlana Ajvazova rappela qu'en Russie, il fallut attendre la perestroïka pour qu'en 1990 paraisse enfin la première traduction russe de l'ouvrage, interdit pendant 41 ans par les régimes communistes.
Irine Selle avait auparavant expliqué qu'en RDA, il fallait se procurer clandestiment une version par des amis en Allemagne de l'Ouest.
Au Japon une nouvelle version complète vient enfin de sortir.
Les hommes et les femmes présents apprirent avec surprise que la version américaine ne comprenait pas non plus l'ensemble du livre. Yolanda Astarita Patterson, présidente de la Société Simone de Beauvoir, évoqua le courrier entre le traducteur américain et son éditeur, qui le poussait à effectuer des coupes pour rendre l'oeuvre plus "attrayante". Elizabeth Fallaize, professeur à Oxford, témoigna avec humour dans le même sens.
Une femme nigériane, écrivaine, fut parmi les plus applaudies lorqu'elle s'exclama qu'en Afrique le livre n'était même pas disponible. Quand donc les Africaines auraient-elles accès à cette lecture?
D'autres universitaires témoignèrent, d'Espagne au Moyen-Orient, sur leurs lectures discrètes de l'oeuvre-clef de Simone de Beauvoir, souvent avec émotion.

L'émotion fut aussi très forte dans l'assistance lorsque les femmes qui avaient milité avec Simone de Beauvoir témoignèrent. Anne Zélensky, fondatrice du Mouvement de Libération des Femmes en 1969, aujourd'hui présidente de la Ligue du Droit des Femmes, témoigna de son amitié avec l'écrivaine et rendit vivants les combats qu'elles avaient menés ensemble, en particulier de la préparation du manifeste des 343 femmes ayant déclaré qu'elles avaient avorté.
Claudine Monteil, proche également de Simone de Beauvoir et de sa soeur la peintre féministe Hélène de Beauvoir, et auteur d'un témoignage sur son amitié avec l'écrivaine, évoqua un moment fort de la lutte féministe: l'occupation du foyer des mères célibataires du Plessis Robinson où Simone de Beauvoir interrogea en direct sur les radios des mineures enceintes.
L'avocate Gisèle Halimi, qui apporta un concours précieux aux féministes dans les années de lutte les plus délicates, entre 1970 et 1975, raconta un évenèment moins connu dans la vie de Simone de Beauvoir, sa lutte pour la défense de Djamila Boupacha, jeune algérienne torturée par l'armée française.
Yvette Roudy, ancienne Ministre du droit des femmes sous François Mitterrand, rappela que Simone de Beauvoir était allée à l'Elysée pour défendre auprès du Président de la République sa cause et son poste, que des socialistes voulaient faire supprimer.
Christine Delphy, organisatrice du colloque et également proche de l'écrivaine, incita à la vigilance, car le féminisme et ses idées est toujours tourné et critiqué.
Catherine Deudon et Carole Roussopoulos, très actives au sein du mouvement depuis 1970 ne prirent pas la parole mais filmèrent et photographièrent l'ensemble des débats.

D'autres interventions, philosophiques, eurent lieu au cours de ces journées, parfois sur un ton vif.
Le samedi, Josyane Savigneau, Danièle Sallenave, Sylvie Chaperon et Sylvie Le Bon de Beauvoir ont clos sous les applaudissements le colloque devant un millier de personnes dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.
Dans les couloirs, on vendait les ouvrages de l'écrivaine, mais aussi les témoignages la concernant, et un très joli livre publié aux éditions Syllepse, écrit par Barbara Klaw, intitulé Le Paris de Simone de Beauvoir et comprenant des photos très émouvantes de Catherine Deudon.
Le disque d'Emmanuelle Escal, amie de Simone de Beauvoir, qui contient des chansons en l'honneur de l'écrivaine, remporta un grand succès.

L'année Simone de Beauvoir a ainsi bien commencé. Elle continuera avec de nombreuses manifestations parmi lesquelles, le 14 avril 1999, Simone de Beauvoir en fête, dîner festif à La Coupole organisé conjointement par la Ligue du Droit des Femmes et les Pénélopes. Entre autres réjouissances, on remettra ce jour-là les prix du premier concours de création « Simone de Beauvoir ».